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aux spectateurs d'annecy

 

Douze jours de travail, près du lac. Douze jours avec Stacy Doris, premiers contacts, premiers échanges avec elle, avec ses mots délicats et joyeux, avec la sculpturale forme de son seul poème traduit en français ; avant un spectacle à venir, dans quelque temps. 2004 commence, bonne année !


Bon alors tout est ici affaire de désir. Désir de théâtre, désir de poésie, désir amoureux, love love. Bon alors ce serait l’histoire d’une femme, d’une femme amoureuse, qui passerait en moins d’une heure par tous les stades de l’amour ; condensé éclair d’un amour fou, l’ardeur d’elle en essence pure, parfum aux extraits variés ou pizza multi-goût dans moule en cœur. Bon alors non non ce ne serait pas une histoire, mais un voyage intersidéral dans un cerveau enamouré, convoquant toutes les capacités humaines de perception et d’intellection, toutes les ellipses dont notre imaginaire est capable, de la pensée pure. Dire le désir, quelle tristesse ; non, glisser dedans, jouer de ses vitesses et de ses condensations. C’est ça, un théâtre et un amour à l’heure d’internet, théâtre et amour haut débit super sans trace, high violence without a sound, accord parental souhaitable, dérapage promis.


Non, ce serait deux acteurs répétant et improvisant pour un spectacle à venir sur l’amour, et qui auraient trop vu « une femme est une femme ». C’est ça, on ne verrait pas un spectacle, mais un spectacle potentiel, possible, répété, qu’on ne pourrait qu’imaginer, qu’entrevoir, pour ceux qui veulent, qu’on ne présentera jamais ailleurs que dans l’imaginaire de nos spectacteurs. Ce serait comme le seul moyen de retourner, de piéger, d’éroder la réalité par ses propres armes, de séparer (tragiquement) réel et théâtre, montant l’un contre l’autre, user, éroder et refaire le monde. Et arrêter de croire à nous, de nous regarder, et de recommencer à sentir nos (vos) possibles, nos (vos) devenirs.


Nous avons un problème, Stacy Doris et nous, nous sommes obsédés par les formes futures de la poésie et du théâtre. Que peut le théâtre à l’époque de Guantanamo ? Oser prendre la parole et accorder à la notre une quelconque valeur ? Non. Disserter causer cucul-la-praline en se regardant faire ? Rêver rêver ? Non non. Ecouter tous ceux qui sont venus avant nous, s’allier à ce qu’ils ont inventé trouvé, épuiser les standards et les clichés, jouïr des banalités en les intégrant illico, griller ultra speed tous les usages et les valeurs ; peut-être. Etre amoureux désirer du théâtre, oui, quelque chose comme cela. Let’s go great lovers!

 

Eric Vautrin, Annecy, 11 01 004

 

 

 

 


c o m m e n t    a i m e r
     de stacy doris

création      les 13 & 14 janvier 2004, scène nationale d'annecy
........................... reprise à lyon du 8 au 14 mars 2004 (info)



 info    www.apresvillenoise.net | bob@@apresvillenoise.net

 

  www.apresvillenoise.net      mise à jour 20.I.004

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