Les
amours,
à propos de Paramour
Cherchant où Dame Internet rencontrera Monsieur Jewel Box,
on croise Ovide en conseiller dermato ou Michael Jackson en leader
de la croisade des Enfants de 1212, dissertant sur les valeurs de
la famille avec les mots de William Blake...
Stacy Doris interroge la capacité de la poésie à
bouleverser les habitudes de pensée et les symboles les plus
installés. Elle parvient à faire entendre, par son
jeu de traduction libre des chants anciens et un humour décapant,
l’invention formelle du poète et la beauté nouvelle
d’un poème, et dans le même temps la fonction
toujours autoritaire de l’auteur, qui avance, surtout en fait
d’amour (mais ce n’est qu’un exemple...), souvent
masqué. Elle trouve un équilibre entre la jouissance,
ou le désir, ou la puissance d’invention que procure
la forme, et la mesure qui modère la pensée critique
et se défend des autoritarismes ou de toutes formes de jugements
préconçus. C’est bien l’usage de la poésie
qui est abordé, dans sa capacité à créer
du commun, de l’échange, de l’invention en connivence
entre le poète et son auditeur ; connivence dans laquelle
le “juste” et “l’harmonieux” sont
remplacés par la présence, le sous-entendu, l’allégorie
et l’invention rythmique qui réunissent les corps et
les esprits.
Livre conçu “comme un miroir de poche”, Paramour
retraverse deux mille ans de poésie amoureuse sous prétexte,
prévient la préface, d’imaginer ce qu’elle
deviendra dans le futur. Chacun des six livres qui le composent
se dédie à un pan de l’amour, de la bataille
aux jeux des feintes, du désir enivrant aux conseils à
suivre, du “livre des garçons” au “livre
des filles”. Jusqu’à prendre une structure en
miroir, à partir de la page centrale (un calendrier de l’avent
pour St Valentin), et de se redéployer dans l’autre
sens, faisant se répondre le palimdrome au palimdrome, l’épique
à l’épique, l’absurde à l’absurde.
EV
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