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Erwan
Tanguy est un auteur de théâtre rennais. il a
assisté à la répétition du 6.03.003.
"spy", il livre ici son commentaire.
Après l'effondrement - le plateau renversé
- ils peignent - marchent avec attention sur le décor
renversé - et la chute du décor est un autre
décor m'explique-t-on - qui pourrait lui aussi s'effondrer
Il fallait que j'arrive après l'effondrement - même
plus spectateur espion ou témoin de quelque chose -
mais déjà dans le souvenir - enfin c'est ce
que je me dis - et dans le souvenir de quoi je n'en sais rien
- parce que je ne connais pas vraiment Anne Portugal - Christian
Prigent qui apparaît sur un des tracts oui - je lâche
les tracts et ouvre les yeux - pour le bonheur de capter
Puis le comédien - encore perdu dans le texte - j'aime
assez ces moments où rien n'est certain - il commence
à parler tandis que des chiffres étrangers à
la compréhension lui parviennent - "7-21"
- "22" - plus tard il y aura "23" aussi
- je me dis des chapitres - une organisation - quelques repères
dans le brouillard - surtout le mien pour le moment - ça
cherche - doucement - Eric parlant à Raphaël -
doucement - une atmosphère rassurante - pas chuchotée
mais tranquille - Eric n'est pas au fond d'un fauteuil s'adressant
de loin à Raphaël - il est juste à côté
- proximité - lui souffle aussi le texte
Après l'effondrement - cela fait toujours décor
mais quelque chose du théâtre est tombé
La lumière suit la chute - cherche comment s'effacer
à son tour - le comédien ne cherche plus que
la position pour que la parole puisse surgir - y a-t-il toujours
du théâtre quand il s'est effondré ? -
impression d'être sur une frontière une bordure
une hésitation qui ne désire aller ni d'un côté
ni de l'autre mais se maintenir là - qui s'engage là
J'écoute le texte - par chance toujours le même
passage dit et redit - j'y entre comme dans un labyrinthe
- j'entends une mécanique - ah oui Prigent ah oui Novarina
- mais ce ne sont pas des poésies mécaniques
- l'association des deux termes semble même impossible
- il faut nécessairement une intervention pour qu'il
y ait mécanique et poésie - la mécanique
seule n'est en rien poétique - Novarina ou Prigent
sans jubilation c'est l'ennui - ou l'impression d'un artifice
- d'une langue artificielle - sans le souffle sans le rythme
- c'est le regard sur qui permet la poésie - ça
cherche ça le regard le souffle le rythme - à
chaque pas sur les mots - et ne pas camoufler une mécanique
derrière des artifices de jeu d'effet - ne pas extrême
ascétisme laisser seule la mécanique faire ses
preuves - elle ne se suffit pas à elle seule - sur
un plateau - elle a besoin de notre regard - de notre corps
- le comédien pris dans la mécanique propose
un regard qui se mélange aux nôtres - il est
le lien entre poétique et mécanique - entre
notre horizon et sa quête verticale
Et il y a Bob - il commence à se dessiner - et sur
le temps de ma présence ne pourra que continuer à
se dessiner lorsque j'aurais quitté la salle - je ne
peux emporter qu'un dessin
Je regarde - ouvert - je me dis faire du théâtre
c'est aller où il n'y a aucune garantie
Découvrir une langue est un véritable travail
de théâtre - ça cherche - à taton
- non à l'aveuglette ce que ce mot est terrible - à
taton - doucement - on se cogne parfois - ça fait plus
ou moins mal - on ressent sans savoir immédiatement
si c'est agréable ou non - qu'importe ! - il faut du
temps pour que cela se dessine - pour trouver une légèreté
qui transfigurera la mécanique en articulation poétique
- je ne sais pas ce que ça veut dire ou si c'est proche
de ce que je ressens - mais je ressens du théâtre
qui se fait - je m'y sens bien et j'ai du mal à partir
erwan tanguy
petit auteur de théâtre
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spyletter 3 / 04.03.03
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spyletter 5 / 13.03.03
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