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le progres
la presse
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bob définitivement mystérieux et
jouïssif
Nicolas Blondeau,
paru dans Lyoncapitale du 19.03.003
Théâtre. Éric Vautrin réussit
avec sa mise en scène du texte d'Anne Portugal, Définitif
Bob, un spectacle où l'on ne comprend rien mais qui reste
captivant. Tentative d'explication.
Certains metteurs en scène de théâtre,
notamment dans la jeune génération, ont cette curieuse
habitude de fuir comme la peste les pièces... de théâtre.
Peur de passer pour ringards, de mettre leurs pas dans des chemins
mille fois foulés, de travailler des personnages connus,
de se laisser emmener dans une histoire déjà écrite...
Va savoir ! Ils se concentrent donc sur des bouts de pages agglomérés,
des montages de poèmes ou des paroles issues de la vie de
tous les jours. À moins qu'ils ne tentent des croisements
avec la danse ou l'art contemporain. Le résultat de ces bricolages
est aléatoire. Parfois génial, le plus souvent pénible
dans la mesure où ils obligent le spectateur à assister
à des travaux de laboratoire fumeux, sous prétexte
d'être ouvert aux tendances novatrices de la création.
On aurait pu situer Éric Vautrin dans cette nébuleuse
d'artistes en ébullition. Sauf qu'il
s'en démarque par l'exigence de son travail. Certes, il met
en scène des écritures qui se situent hors du champ
théâtral. Mais il le fait avec une authenticité
qui mérite l'intérêt d'un large public, malgré
la radicalité de sa démarche.
Incompréhension jubilatoire
On ne peut qu'émettre les encouragements les plus vifs à
aller voir sa dernière création, une mise en scène
d'un texte d'Anne Portugal. Ne serait-ce que pour faire l'expérience
d'une incompréhension qui devient jubilatoire. Une perte
de repère sémantique qui, malgré fa frustration
qu'elle suscite, devient source de plaisir. Ce résultat inattendu,
Vautrin l'obtient en organisant un duo époustouflant entre
lui et son complice, le comédien Raphaël Defour. Dans
un espace scénique étrange, ce dernier restitue les
mots d'Anne Portugal comme s'il s'agissait des notes d'une musique
intime.
On est sous le charme de sa silhouette anguleuse, de sa diction
parfaite aussi bien dans [es changements de rythme que dans la douceur
et la limpidité. On goûte des images telles
que "la véranda redevient rue principale'; ou "épilepsie,
dépression une espèce de sable"; qui peuplent
le cerveau de l'indéfinissable Bob. On rit de la mise à
distance créée par Vautrin prenant des mines intéressées
sous le nez du comédien quand il n'exécute pas des
figures de patineur illuminé. Et cela sans une seconde d'ennui
jusqu'à l'épatante note finale : le décor qui
s'écroule dans une pluie de confettis.
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Flirt avec la poétique de l'insconscient
Antonio Mafra,
paru dans le Progres du 25.03.003
Raphaël Defour met en voix " Définitif
Bob " d'Anne Portugal dans un spectacle très exigeant
ERIC VAUTRIN poursuit l'exploration d'un univers
en marge du théâtre, plus proche de la poésie
et de la performance. Ce nouveau spectacle
conçu d'après " Définitif Bob ",
une uvre d'An-ne Portugal, l'une des plus grandes poétesses
françaises d'aujour-d'hui, incite le spectateur à
retourner les yeux au-dedans de lui, à chercher dans
son propre inconscient les images suggérées par ces
mots mis en voix par Raphaël Defour. II ne faut surtout pas
chercher de sens au texte. Seule compte la musique d'un verbe qui
séduira les connaisseurs.
Périlleux, l'exercice exige en effet beaucoup du public.
Eric Vautrin défend une approche minimaliste, plus radicale
encore que dans " Der Erzälher ", présenté
la saison dernière aux Ateliers. Dans une sorte de boite
mentale, trop éclairée sans doute pour s'évader
dans son for intérieur, Raphaël Defour sollicite le
registre d'une voix sonore aux accents androgynes. Sa silhouette
émaciée occupe la scène qu'Eric Vautrin viole
de temps à autre, moins pour ponctuer le texte que suggérer
la figure de Bob et apporter humour distancié.
L'approche, la maîtrise de l'espace
et la rigueur du travail d'Eric Vautrin témoi-gnent d'une
réelle personnalité.
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