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díaprËs le poËme de Anne Portugal

d é f i n i t i f   b o b

 

Ce qu'il y a devant
Christian Prigent, in Une erreur de la nature, POL 1993.


Peut-être y a-t-il dans le projet de ce que l'on appelle poésie cette contradiction fondatrice : d'être à la fois provocation à l'informe et institution d'une forme, effort paradoxal pour fixer dans le fini de formes plus formalisées que dans aucun autre genre littéraire ce qui en fonde l'impulsion : le goût pour l'infini qui excède les formes convenues et les figures répertoriées du monde.
Il s'agit en somme d'affronter ce qu'il y a devant la vue (le paysage, la scène) et la difficulté pour le fixer en langue sans en résorber le tremblement, le bruissement d'écran non stabilisé. Décrire, pas le fini des figures et des formes mais l'illimité de l'énergie qui défait et refait formes et figures.

Le charme de la poésie d'Anne Portugal vient à mon avis de sa réussite face à cet enjeu.


Cette poésie, du coup, me semble absolument de notre temps. Elle naît de la conscience d'un présent irrémédiable et fuyant. Elle s'installe dans la clôture de notre espace politique, idéologique et esthétique (pas de transcendance, surtout pas laïque) et y lance une mécanique de dilapidation légère, un petit bruitage zézayé qui dégrafe l'espace de l'intérieur en ouvrant de multiples petites pistes de sens hétérogènes dans le Sens.


Pierre Alferi : " Dans le no man's land d'un texte, on n'est jamais ici, ni là. Un livre ouvre un espace d'évanouissement, chacun le sent. "

[…] Le jeu de la langue comme déjeu de la vue habituée, le jeu de la langue comme jeté d'un mouvement évidant dans la stabilité des noms assignés à leurs choses, le jeu de la langue comme suggestion d'un infixable présent : " Et s’ils avaient glissé l'un à travers l'autre / le paysage les transperce. "
C'est alors le réel, oui, dans son plus simple appareil, le réel " sans certitude", imprenable, délivré de la vue des vieux (de l'emprise des " vieilles lignes " du nœud maternel de la grammaire) par l'appareil simple du jeu poétique.

CP

 

 

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