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díaprËs le poËme de Anne Portugal

d é f i n i t i f   b o b

 

Anne Portugal
entretien avec Alain Veinstein
les revues parlées / Centre Georges Pompidou, 23 mai 2002
France Culture, Surpris par la poésie

D'où viennent vos matériaux, visiblement indifférenciés? comment alimentez vous ce flux que vous travaillez?
Il y a plusieurs pistes, comme un CD avec plusieurs types d'entrée. Un lieu m'a d’abord importé, les jeux vidéo. Une des questions incessantes de la poésie reste le rapport au réel; je me suis donc dit que la seule façon d'y échapper c'était de s'installer dans un virtuel que tout le monde déteste, celui des jeux vidéos, dont on dit que les enfants seront très malades et tout; je me suis dit je n'ai plus l'âge mais tant pis, essayons. Matière première, donc, avec aussi les écrits du cinéma, Hitchcock d'un côté et Godard de l'autre, et sans savoir pourquoi, le fait de les avoir à côté m'assurait d'être décidément dans de l'image, décidément dans de la représentation, et d'échapper toute situation réelle.

Dans le plus simple appareil (POL, 1992), le modèle visuel était un épisode biblique, Suzanne et les vieillards, souvent traité en peinture. Vous repreniez la scène de Suzanne au bain sous tous les angles...
Là aussi, c'était partir d'une image. Dans le plus simple appareil, c'est la question de l'exposition qui primait: qu'est ce que c'est s'exposer en poésie, s'exposer avec des mots; dans bob se serait celle de l'installation. Pour le plus simple appareil, avec Suzanne et les vieillards, la question était: comment se fait-il que la poésie est souvent regardée par des vieillards - pas dans le sens de l'âge mais dans celui de leur lecture - et qu'on lui demande des comptes; comme Suzanne, en principe non coupable, mais amenée finalement à se justifier. La poésie est sans cesse dans cette situation, de quoi est-elle coupable, et de quoi doit-elle toujours se justifier.

C. Prigent écrit que votre poésie jette de la langue sur les images: il y a dans vos textes ce voile d'une poésie qui ne produit pas d'image ni de métaphore, mais qui est élaborée à partir d'images...
C'est tout la difficulté: comme rester dans l'image en évitant tout dérapage qui renverrait le mot à quelque chose d'autre qu'une représentation; le texte doit faire son image, qui ne soit pas l'image de quelque chose mais... "vraiment de l'image".

Pierre Alféri parle de la fantaxe à propos de vos textes, comme d'un art à la fois fantasque et syntaxique...
C'est quelque chose à quoi je tiens, très présent dans Bob: ne pas quitter le vers long. Aujourd'hui on lit beaucoup de textes où le vers est réduit à son segment; on ne peut pas dire que la syntaxe est appauvrie puisque c'est alors le propos même; mais ce n'est pas du tout ma veine ; dans définitif bob, c'est au contraire le même vers qui doit débouler d'un bout à l'autre.

Bob, c'est l'espion; et définitif?
Définitif c'est une posture volontaire. D’abord parce qu’en le faisant, je n’étais pas sure de pouvoir le refaire; c’était donc comme définitif. Et définitif appelle une terminaison, mais décrit de la stabilité: on parle d'une amitié définitive, par exemple. Définitif sonne comme répétitif, mais je n’aime pas répétitif, et c'est un mot chargé d'un programme, d'une décision à laquelle je tenais.

Bob, "il peut comme ça": il y a une comparaison tout de suite retirée. "Comme", c'est un vrai mot de passe de la poésie; mais ici il est aussitôt dévitalisé par le "ça", qui nie toute comparaison...
Ce n'est pas le comme des surréalistes, c'est certain. Comme ça, c'est à dire, je vous donne d'entrée de jeu ce qui va se passer, et vous aller voir ça va se passer comme ça. C'est "l'effet programmatique". Il suffit de lire le projet et on va le voir se dérouler après. Et "comme ça", c'est aussi la tentation de la facilité, c'est le miracle de la poésie, ça paraît extraordinairement facile et la merveille c'est que c'est très difficile.

La poésie a besoin de tester ses barres de résistances, écrivez-vous en quatrième de couverture...
On retrouve ces barres dans les programmes de bob, du type comment placer mieux des objets dans le paysage, essayer la frénésie, ou annuler quelque chose d'intérieur; c'est autant de barres de résistance et autant de limites de la poésie... qui restent pour moi des questions; des tests à essayer. Et derrière, la question, très usée mais qui en reste une, de la beauté: qu'est ce qu'on fait avec ça? Je la traite pas, je la chahute… je la pose. Et la question de la poésie elle-même: qu'est ce qu'elle devient au milieu de cet essorage, de ce moulinage ? En expérimentant les choses, peut-être que cela peut légèrement bouger... et quelque fois ça arrive.


transcription: EV.
Retrouvez la soirée au centre G.Pompidou (entretien et lectures) sur le site internet de France Culture: www.franceculture.com (émission “surpris par la nuit” du 27 mai 2002)

 

 

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